Les Cahiers de la Ville Responsable

Comment construire la métropole du Grand Paris ? – Interview de Pierre Mansat

Publié le 7 octobre 2015 dans En vrac

Le Grand Paris et les relations entre les collectivités territoriales sont des questions que maîtrise parfaitement Pierre Mansat. Très tôt engagé politiquement, il débute en tant qu’agent de Poste et obtient, en formation continue, un diplôme de gestion publique à l’Institut d’études politiques de Paris. Il devient conseiller de Paris en juin 1998 suite aux élections municipales, mandat dans lequel il sera reconduit en 2001. Cette même année, il est élu maire-adjoint de Bertrand Delanoë, chargé des relations avec les communes d’Ile-de-France. En 2007, il est réelu dans son mandat et se voit confier le projet de Paris Métropole. Aujourd’hui, Pierre Mansat est un proche conseiller d’Anne Hidalgo sur les questions de la Métropole du Grand Paris et président de l’Atelier international du Grand Paris.

Les Cahiers de la ville responsable : La Métropole du Grand Paris va être créée le 1er janvier 2016. Mais qu’en est-il de son périmètre ? A-t-on déjà fixé un cadre précis à cette métropole ou son périmètre est-il encore amené à évoluer ?

Pierre MANSAT, Président de l’AIGP, Chargé de la Métropole du Grand Paris auprès de la mairie de Paris : La question du périmètre dans les métropoles est une question extrêmement complexe. Il est très difficile de fixer un cadre strict ; celui-ci est à géométrie variable selon les sujets que l’on traite.

Selon moi, le périmètre envisagé à ce jour pour le Grand Paris n’est pas adapté. La métropole est axée uniquement sur la première couronne. Roissy est coupée par les limites qui ont été définies. Les villes nouvelles comme Saclay et Marne-la-Vallée ne sont pas non plus intégrées. Ce n’est pas sans soulever des questions et poser des problèmes très importants.

Malgré tout, il faut être positif. Je pense que la période 2016-2020 sera une période transitoire, avec les élections présidentielles et législatives en 2017 et les municipales en 2020. La question métropolitaine fera pleinement partie des enjeux de ces élections.

Je crois beaucoup à la progressivité et à la montée en puissance de cette métropole. Les questions de compétences et de périmètres ressurgiront certainement au fur et à mesure de son déploiement.

Si le mouvement est bon, s’il est encourageant, il manque toutefois quelque chose de mon point de vue : le Grand Paris manque d’une âme. Il faut lui redonner une vision politique qui permettra l’adhésion des citoyens. Car ceux-ci n’ont absolument pas été associés au projet. Une nouvelle institution politique va naître le 1er janvier et les citoyens en ignorent absolument tout.

CVR : Justement, comment peut-on faire partager une identité métropolitaine, et la construction de cette identité, par les citoyens ?

M.La construction métropolitaine est, par essence, une affaire extrêmement complexe, mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas essayer de se pencher sur cette question.

Cette complexité est renforcée, à mon sens ici, par une représentation qui fait de Paris la ville-centre qui dominerait la banlieue, alors que la réalité de la métropole n’est pas du tout celle-là.

La vie des métropolitains aujourd’hui se conçoit à des échelles qui vont bien au-delà de l’échelle communale ou de l’échelle uniquement locale. Il n’y a qu’à voir les chiffres en matière d’emploi et d’habitat : 800 000 habitants de banlieue viennent travailler tous les jours à Paris, et un tiers des actifs parisiens exercent leur activité en dehors. L’idée du Grand Paris est donc présente, informelle, difficile à cerner, mais elle est bien présente dans l’esprit des citoyens.

Paris Métropole – cette institution qui regroupe 220 collectivités – a organisé vingt débats métropolitains entre mai et juillet 2015 afin d’essayer de surmonter cette coupure qui existe entre l’émergence politique de la métropole et ce qu’en savent les citoyens.

CVR : N’y a-t-il pas une vraie difficulté à constituer une métropole autour d’une ville comme Paris, à la fois aussi centralisée et pesant autant en Ile-de-France à tous égards ?

M. : Il n’y a pas beaucoup d’exemples comparables d’une ville-centre avec un poids aussi considérable. Mais je pense qu’il faut voir Paris d’abord comme un système ; un système très intéressant du point de vue de la péréquation, et qu’il faut absolument conserver. Paris fait de la péréquation entre les arrondissements populaires et les arrondissements mieux dotés du point de vue social.

Quant à l’équilibre avec la banlieue, des établissements publics territoriaux d’au moins
300 000 habitants vont être créés. Nous allons donc vers de grands territoires qui seront dotés de la compétence d’urbanisme puisque les PLU seront réalisés à leur échelle, ce qui va déjà représenter un progrès extrêmement intéressant. Je pense que dans la période qui vient, nous allons trouver un équilibre qui fera apparaître Paris comme le moteur essentiel, mais pas en situation de domination.

CVR : Enfin, question fondamentale, quel rapport la métropole entretiendra avec la grande couronne ?

M. : Je l’ai évoqué plus haut : comme l’échelle qui a été choisie n’est pas pertinente selon moi, il est indispensable que se développe une forme de coopération. À mon sens, cela passe par des contrats stratégiques entre la grande couronne et la métropole si nous ne voulons pas reconstituer un centre, qui capterait la richesse et les ressources, et une grande couronne qui serait laissée à elle-même. Un tel schéma est complètement impossible. Je pense que tout le monde a bien conscience de ce risque.

De manière plus globale, il va falloir ouvrir un champ singulier de travail avec tous les partenaires et les milieux économiques, que se soient les grands groupes du bâtiment, les banques, les assurances, etc., car pour l’instant c’est l’absence de dialogue avec l’ensemble des acteurs de la métropole qui prédomine.

Quant à la Région enfin, elle n’est pas affaiblie par la création de la métropole. Elle conserve l’ensemble de ses compétences sur la totalité du territoire régional, et je pense que tout réside dans les rapports politiques qui vont s’établir entre la Région Ile-de-France, la Métropole du Grand Paris et la ville de Paris. Car il est vrai que l’opposition politique a longtemps été extrêmement forte entre la banlieue et Paris. La banlieue était plutôt socialo-communiste ou communiste-socialiste. Paris était vécu comme un rouage de l’appareil d’État, le siège du pouvoir auquel on était opposé. Il n’est pas possible de faire le Grand Paris contre les élus de la métropole.

Les rapports politiques seront déterminants ; savoir dépasser les affrontements et construire des chemins de compromis, également. Car au final, la Métropole du Grand Paris sera une intercommunalité singulière qui rassemblera plus de 7 millions d’habitants.