Les Cahiers de la Ville Responsable

Le végétal en ville, une réponse au dérèglement climatique

Publié le 7 novembre 2016 dans En vrac

Stéphane Delavallade en est convaincu : « la place du végétal sera cruciale dans l’avenir pour façonner des territoires écologiquement actifs, aptes à se protéger des à-coups climatiques et à nourrir leurs habitants ». Pour le vice-président d’Hortis*, la ville végétale n’est plus une utopie.

Force est de le constater : le végétal dans nos villes et nos territoires fait peau de chagrin, alors même que l’humanité a pris conscience de ses bienfaits et de son caractère irremplaçable. À ce phénomène, deux raisons principales. D’une part, les activités humaines sont encore bien destructrices, au détriment des écosystèmes millénaires et avec des conséquences multiples (disparition des milieux humides, rupture de l’équilibre entre les êtres vivants et leurs milieux de vie…). D’autre part, les opérations de gestion, de renaturation ou encore de création ne sont souvent pas assez coordonnées et complémentaires.

Depuis le sommet de Rio, l’idée selon laquelle la nature doit être prise en compte dans son ensemble s’est toutefois progressivement imposée ; protéger des espaces de nature (habitats et espèces remarquables) ne suffit pas. En France, les lois Grenelle ont fixé le cadre et les moyens d’une nouvelle politique vertueuse pour la nature.

La ville végétale : pourquoi ?

Nous sommes à un tournant en matière de préservation de la nature. Les milieux agricoles ne peuvent plus ignorer les impacts d’une exploitation intensive sur l’environnement. De même, la restauration des milieux humides et des cours d’eau est vue comme un enjeu majeur pour l’avenir.

Les services « espaces verts » des collectivités ne peuvent plus se contenter de gérer leurs patrimoines sans se préoccuper des nouvelles dynamiques urbaines et périurbaines, où le végétal peut prendre un rôle prédominant.

La transition écologique rejoint le concept de ville végétale ; la ville de demain sera une ville végétale, verte et bleue, car le végétal sous ses différentes formes, associé à l’eau, recouvre les trois dimensions du développement durable : environnementale, mais aussi sociale (territoire apaisé, fertile) et économique (reconquête des paysages, nouveaux usages et services permis par la trame verte et bleue, développement touristique). Le végétal est également un excellent vecteur de communication pour développer une culture commune entre divers acteurs.

En matière de lutte contre le dérèglement climatique, le végétal et l’eau ont un rôle primordial à jouer, celui de maintenir l’équilibre de fonctionnement des territoires. C’est précisément leur tandem qui peut assurer la pérennité des milieux de vie en agissant sur :

  • la réduction de l’effet de serre, en puisant du carbone dans l’atmosphère ;
  • la réduction des variations thermiques, en réduisant les îlots de chaleur urbains (places publiques, parkings…) ;
  • la régularisation du régime des eaux pluviales, en réduisant l’imperméabilité des sols partout où ceux-ci sont végétalisés, et en canalisant les eaux pluviales dans des fossés végétalisés (noues) ;
  • la régulation bioclimatique des bâtiments, enles entourant d’une matrice verte protectrice et régulatrice (toitures et murs végétalisés), mais aussi en stockant du carbone grâce à des matériaux de construction bio-sourcés tels que le bois, la paille, le chanvre ;
  • la régulation accrue des éléments allergènes et pathogènes, du fait que des masses végétales diversifiées et connectées sont aptes à s’autoréguler.

Mais il faudra s’interroger sur les outils et les processus mobilisables et mobilisés par ces nouvelles métropoles vertes, et qui pourraient être utilement reproduits ailleurs. Les collectivités qui concilient leur développement territorial avec le développement du végétal s’appuient toutes, et c’est une condition obligatoire, sur un projet de territoire partagé et une volonté forte de travailler collectivement sur le long terme. Elles sont également capables d’innovations technologiques et méthodologiques. Elles trouvent de nouvelles sources de financement. Elles communiquent sur leurs actions et peuvent animer un réseau d’acteurs étendu. Elles font de l’éducation à l’environnement une de leurs priorités, et elles évaluent régulièrement les progrès accomplis.

Le patrimoine végétal, comme le patrimoine aquatique, est partout présent sous des formes variées. Tous deux irriguent les territoires de façon plus ou moins diffuse. Ils sont donc un fil conducteur intéressant pour faire évoluer progressivement l’ensemble des espaces, publics mais aussi privés. En d’autres termes, il s’agit d’inverser le regard, de construire la ville et le territoire à partir du patrimoine vert et bleu, pour y intégrer ensuite, comme dans un écrin protecteur, le bâti et les axes de déplacements. L’Agenda 21 doit permettre de fédérer les acteurs autour de cette vision novatrice, du territoire d’action global jusqu’au projet d’aménagement local.

La ville végétale : comment ?

L’outil aujourd’hui disponible pour la mise en œuvre de ce projet de territoire est la réalisation d’un réseau de trame verte et bleue (TVB) à toutes les échelles : régions avec les schémas régionaux de cohérence écologique, bassins de vie avec les schémas de cohérence territoriale, intercommunalités avec les InfraScot préfigurés par les plans locaux d’urbanisme intercommunaux, communes avec les plans locaux d’urbanisme.

La planification et les études permettent d’identifier les « espaces à enjeux » du territoire concerné : milieux naturels, agricoles, humides et urbains.

Définir les espaces à enjeux d’un territoire, incluant ces quatre composantes, revient à définir le réseau de trame verte et bleue et permet de hiérarchiser, dans le temps et l’espace, les opérations à réaliser. La mise en œuvre du projet de territoire consiste ensuite en un bouquet d’actions coordonnées selon six grands axes :

  • la connaissance du patrimoine biologique existant : études faune, flore, habitats ; étude du fonctionnement de l’écosystème TVB ; étude des obstacles au déplacement des espèces ; études paysagères ;
  • la préservation : protections réglementaires et contractuelles ;
  • la gestion durable : gestion multifonctionnelle de la forêt, gestion cynégétique, plans de développement des massifs, programmes spécifiques « espèces » ; évolution des pratiques agricoles et viticoles ; préservation de la ressource en eau ; gestion écologique des parcs et espaces verts urbains ;
  • la restauration des espaces et du paysage : réhabilitation de friches, restauration des berges, lutte contre les espèces exotiques envahissantes ;
  • l’aménagement sous conditions, en appliquant la séquence ERC (éviter, réduire, compenser les atteintes à l’environnement) : prise en compte du potentiel biologique existant en amont de chaque projet d’aménagement, puis intégration au projet et limitation des atteintes lors de sa réalisation ;
  • le développement du patrimoine biologique : recréation de zones boisées et de nouveaux milieux humides, affectation d’un coefficient de végétalisation aux opérations d’aménagement urbain…

Parallèlement, le concept de « ville fertile », de « ville nourricière » fait son chemin. Des espaces variés se développent désormais sur les territoires : jardins partagés, associatifs, verticaux, flottants ; espaces de maraîchage ; apiculture urbaine et périurbaine ; projets de fermes urbaines…

Dans un contexte budgétaire contraint, les collectivités doivent être imaginatives pour s’engager résolument dans leur transition écologique (et énergétique). Mais des solutions existent : elles peuvent profiter de leurs opérations d’aménagement pour les infléchir dans le sens de l’environnement et ainsi requalifier écologiquement les espaces traités. Elles peuvent bénéficier de subventions européennes (FEDER, FEADER) et de fonds résultant d’appels à projets nationaux et régionaux.

La future Agence française pour la biodiversité apportera aussi sa contribution. Enfin, les collectivités devront rechercher des financements innovants (de type partenariats public-privé) et développer le mécénat.

Assurer la cohérence des interventions passe par la mise en place d’une nouvelle gouvernance du territoire selon trois échelles emboîtées :

  • celle du projet, pour associer différents acteurs et différentes compétences dans une démarche partenariale ;
  • celle du réseau TVB, pour fédérer les acteurs et avoir une vision globale de chaque portion du réseau formée d’une mosaïque d’espaces différents ;
  • celle du territoire tout entier, pour évaluer régulièrement les progrès accomplis dans la prise en compte des grands enjeux du territoire.

Mettre en réseau les acteurs est aussi important que de mettre en réseau les espaces. Bien sûr, il faut du temps pour faire changer les mentalités. Mais cette évolution qui s’amorce est une formidable opportunité pour, demain, mieux vivre ensemble et avec la nature.

Stéphane Delavallade

Ingénieur en chef territorial, auteur de «Gestion et management durables
des espaces verts – construire la ville verte de demain» Territorial éditions